« Michelle Martin : libération justifiant l’injustifiable ? »

20 Nov

Photo ines saraiva CC by 2.0

Ne nous voilons pas la face : qui n’a pas été troublé par l’horrifiante affaire Dutroux en Belgique ? Probablement personne. Elle suscite tant l’émotion que l’indignation, on retrouve tristesse, effroi, compassion mais surtout la haine. Une haine contre un des protagonistes en particulier, qu’il est inutile de citer, mais plus généralement contre le couple et ses complices.

Aujourd’hui, plus de quinze ans après l’affaire, ce sentiment de velléité populaire refait surface face à l’acceptation par la justice de la libération conditionnelle de Michèle Martin et atteint, désormais, son paroxysme pour la majorité du peuple belge.

Le 31 juillet 2012, le tribunal d’application des peines de Mons s’est prononcé en faveur de la libération conditionnelle de Michèle Martin estimant qu’elle remplit des conditions nécessaires pour une possible réinsertion sociale et que la communauté des Clarisses de Malonne respecte un certain éloignement géographique souhaité par les familles des victimes. Or l’opinion publique se lève face à ce que la majorité de la population appelle « injustice ». Les protestations fusent car beaucoup ne conçoivent pas que la justice belge puisse commettre ce qu’ils ont maladroitement jugé « d’abomination » allant même jusqu’à parler d’erreur judiciaire.  La justice se verra même remise en cause, désignée trop laxiste, vu la peine infligée à la femme et complice du « monstre », l’association qui la lie éternellement à son ex-mari et à l’horreur du crime comme le souligne le collectif de citoyens en faveur de sa libération.

Seulement trouver une raison valable pour attiser la colère de certains citoyens belges n’est pas évident. Cette indignation rendrait-elle les gens aveugles, leur enlevant tout esprit critique sur cette situation ? N’essaierait-on pas de voir les choses plus rationnellement après tout ? Les personnes les plus touchées par ces meurtres sont, certainement, les membres de la famille des victimes. Là aussi, les avis diffèrent : pour Jean-Denis Lejeune, c’est d’abord la colère, même s’il y était préparé, puis c’est l’effroi, elle est autant responsable de la mort de sa fille que son ex-mari. Ensuite, Mme Martin lui proposera une entrevue après sa libération que M. Lejeune acceptera pour avoir des réponses à ses questions. Ayant obtenu la vérité sur l’enlèvement et le meurtre de sa fille, aujourd’hui, il décide alors que son rôle dans l’affaire est terminé. Pour Pol Marchal, c’est la déception, il en est anéanti mais va essayer de « profiter » de la fin de son combat contre Michelle Martin pour laisser tomber les émotions et voir les choses rationnellement. Pour Jean Lambrecks, c’était évident, il n’y avait plus rien à faire, la loi, aujourd’hui, a été respectée. Rejoignant l’avis du public, il pense que l’on devrait modifier la législation belge pour la durcir.

Mais doit-elle réellement être modifiée ? Avant que la décision ne tombe, l’avocat général Raymond Loop avait confirmé devant la Cour de cassation que les mesures du TAP étaient conformes à la loi. Il avait aussi souligné que les victimes ont été suffisamment prises en compte et que malgré la culpabilité de Michelle Martin, le tribunal d’application des peines « ne devait pas suivre tout ce que les victimes demandaient » mais bien parvenir à trouver un certain équilibre.

Heureusement, certains citoyens et même victimes pensent autrement. La maman de Eefje Lambrecks, Rachel Vanderhoven, rappelle qu’il « existe des lois pour défendre les droits individuels des citoyens contre les comportements de la société ». Selon elle, « si Martin répond aux conditions établies par la loi, il n’y a aucune raison que cette même loi ne s’applique pas aussi à son cas et c’est ce que nous devrions respecter ». La décision rendue par le TAP est indiscutable et nous devons tous l’accepter.

Si la justice est par définition humaine et impartiale, pourquoi est-il possible de voir sur nos chaines nationales et sur le net un homme ordonner à son propre fils, en incapacité même d’avoir son avis sur la situation vu son jeune âge, de dire « faut qu’elle crève » ? Ou assister à des cohues de personnes devant les Clarisses de Malonne ayant accueilli Michèle Martin ? Les citoyens belges réclament la justice citoyenne, mais où est la citoyenneté lorsqu’on veut punir un meurtrier par le même châtiment qu’il a infligé à ses victimes ? C’est se réduire au même crime.

Aujourd’hui, c’est la justice belge qui accorde une pause à Mme Martin. Après les crimes qu’elle a commis, après des années de procès et de détention, elle va enfin pouvoir se retrouver. La paix et le pardon sont au bout du chemin, mais le chemin est toujours long et semé d’embuches. Et comme Jan Nolf a écrit dans la lettre qu’il lui adresse : « Faites un geste. Faites un geste plus fort chaque jour. Ne vivez pas en comptant vos jours. Vivez pour réparer. Une justice qui ne répare pas, ce n’est pas la justice », insinuant qu’elle doit profiter de ce temps pour agir et ne pas rester à pleurer sur son sort. Sort qu’il ne faut pas voir de manière fataliste, tout est encore possible pour qu’elle puisse se reconstruire.

Enfin, nous devons soutenir les Clarisses qui ont le courage et la ferveur d’accueillir la « persona non grata », celles aux actes et aux valeurs les plus louables qui ont accepté l’inacceptable. Ces femmes seront sa nouvelle rédemption, son pardon possible. De plus, le monastère est l’environnement propice à la réflexion et au questionnement. Il est temps pour vous, Michelle, de méditer. Des questions vous hantent, il est maintenant temps d’y répondre. Pour vous. Et surtout, pour vos victimes. Telle est maintenant votre liberté.

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